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Dépsychiatrisation du transsexualisme: La note du webmestre

05 novembre 2008 | Reflexion
Par le Dr Guy Montebello, Neuro-Psychiatre
«Après avoir joui quelque temps de tous les attributs de la virilité, les perdirent avant l'âge, virent leur barbe tomber, leur voix faiblir, leur désir amoureux s'éteindre et revêtirent le costume féminin, mettant tout leur honneur à s'assimiler aux femmes et à partager leurs occupations»
Hippocrate: «Le mal des Scytes»
Alors que dans la plupart des pays, les juridictions concernant le changement de genre des transsexuels tiennent compte de l'investigation psychiatrique comme d'une étape primordiale du processus, des associations, dont certains média se font l'écho, militent en faveur d'une dépsychiatrisation.
Ne perdons pas de vue que le psychiatre est avant tout un médecin et que, confronté au sujet du transsexualisme, il doit contribuer à différencier le biologique du psychologique. Chez le transsexuel, le bilan biologique s'avère normal, tandis qu'il a la conviction d'une erreur de la nature, d'un corps dont le genre n'est pas adapté à celui de son âme.
Ce sentiment d'appartenir à l'autre sexe n'est-il pas essentiellement du domaine des idées ? Ne concerne-t-il pas le psychiatre, habilité à traité les maladies de l'esprit, certes, mais par conséquent à même de “séparer le grain de l'ivraie”, de reconnaître ce qui est ou n'est pas du domaine de la raison ?
D'ailleurs, le juge, au moment crucial de la décision du changement d'état civil, comment pourra-t-il se convaincre de la véracité de la volonté du postulant s'il ne s'appuie pas sur un avis compétent. L'expertise, en matière judiciaire, est le recours à un avis technique dans un domaine qui échappe à la compétence du juge, comme c'est le cas du magistrat face à une affaire de transsexualisme.
Le clinicien n'est pas tout à fait à l'aise quand il se trouve en présence de troubles psychiques qui sont le résultat d'une souffrance accumulée depuis l'enfance chez des transsexuels ghettoïsés par leur “trouble de l'identité de genre” (c'est ainsi que l'OMS nomme et définit le transsexualisme). Le psychiatre peut se trouver confronté à une pathologie suicidaire, voire psychotique, résultant d'échecs accumulés par ces sujets du fait de leurs difficultés d'insertion et d'adaptation sociales, familiales, professionnelles, etc...
Le prix à payer de la métamorphose souhaitée est souvent fort, même si la volonté de changer de genre est solidement fondée. Quelques exemples :
- Tel candidat à la réassignation de sexe dans le sens MTF (male to female) contraint de quitter son emploi de conducteur d'engins, non seulement à cause de l'attitude sarcastique de ses collègues, mais aussi parce son travail sera jugé inadapté à son nouveau genre.
- Tel autre “transformiste” dans une revue de cabaret, remercié par son employeur parce qu'il ne sera plus travesti lorsqu'il sera devenu une femme.
- Tel autre encore, hésitant à être métamorphosé, malgré son ardent désir d'être changé en femme, parce que craignant que se vielle mère à la quelle il est très attaché ne survive pas à un tel bouleversement.
C'est supposer que des situations psychiquement traumatisantes peuvent être à l'origine de pathologies dépressives ou de décompensation autrement plus graves chez des transsexuels confrontés aux difficultés résultant de leurs troubles de l'identité. Il apparaît évident que le psychiatre ne puisse être écarté pour déterminer, résumons-nous :
1) S'il s'agit d'un transsexualisme vrai où la conviction inébranlable d'appartenir à l'autre sexe est à prendre en compte comme réalité incontournable.
2) Si des troubles psychopathologiques n'autorisent pas à reconnaître une volonté bien fondée de changer de genre sans dommage pour le Moi.
3) Si la symptomatologie observée résulte de difficultés existentielles de tous ordres créées par le trouble de l'identité de genre et si, dans ces conditions, une psychothérapie peut aider le transsexuel à mieux suivre le parcours de sa métamorphose.
Dans tous les cas, le psychiatre ne devra pas se passer du concours du psychologue car des tests appropriés sont indispensables à une approche complémentaire de ses propres investigations. Il apparaît d'ailleurs qu'une prise en charge collégiale du transsexuel soit une formule à privilégier : endocrinologue, psychologue, sexologue et psychiatre doivent se réunir périodiquement pour l'étude des dossiers et le suivi des candidats à la réassignation de sexe. Rencontrer les magistrats chargés des questions d'état civil n'est pas dénué d'intérêt comme il est autant utile de se tenir au courant des dispositions législatives et jurisprudentielles en évolution relativement rapide, notamment en certains pays de l'Europe.
Nouvelles de dernière heure (27 Octobre 2008) : Des chercheurs australiens et américains publient dans la revue Biological Psychiatry des résultats faisant état d'un "lien génétique significatif" entre l'identité de genre et un gène jouant un rôle dans l'action de la testostérone.
Ces scientifiques pensent que "des différences génétiques réduisent l'action de la testostérone en sous-masculinisant le cerveau pendant le développement foetal".
Hypothèse séduisante susceptible de relancer l'interminable débat entre organicistes et psychogénétistes...
Docteur G.MONTEBELLO, Neuro-Psychiatre
Du même auteur: A propos du transsexualisme